DynamiqueLa Dynamique = Cinématique + Forces.
Nous n'aborderons que la surface des choses ici car les explications rigoureuses impliqueraient de développer avec moultes équations. Vous aurez néanmoins un vaste panorama des phénomènes et outils actuels avec quelques faits étonnants.
On verra aussi comment on fait un effet avec une balle et bien sur pourquoi les avions volent .
RégimesVoyons ce que l'on appelle régimes laminaires, turbulents et de transition.
Lorsqu'un fluide commence à s'écouler sur une paroi, il commence par un écoulement laminaire.
On peut se représenter en effet le fluide dans ce régime comme des couches (les "lames" du mot laminaire) parallèles glissant les unes sur les autres : on parle alors de cisaillement de ces couches (cette notion de cisaillement revient souvent en mécanique des fluides).
On est tellement habitué aux écoulements qui ne sont plus laminaires, qu'on peut être très étonnés de voir certains phénomènes !
La vidéo ci-dessous met en place deux cylindres et entre les deux, on emploie des liquides et colorants très visqueux : on tourne alors lentement la manivelle. Ce qui est géant, c'est qu'on peut alors inverser le processus. C'est une expérience célèbre dite de "Taylor-Couette".
Plus les filets de fluide sont proches de la paroi, plus ils ralentissent; très près de la paroi, la vitesse est presque nulle.
Puis, si la vitesse s'accroît et que le fluide n'est pas parfait, arrivera un moment où des tourbillons ou Vortex vont apparaître spontanément et seront considérablement dépendantes des conditions initiales (théorie du Chaos).
On ne voit alors plus ou presque de couches parallèles distinctes. On qualifie alors l'écoulement de turbulent.
Dans l'illustration ci-contre, on montre les tourbillons circulaires que provoque en permanence les bouts d'ailes d'un avion.
Dans l'animation suivante, on voit un écoulement qui est en transition entre laminaire et turbulent (les mouvements sont prédictibles) : c'est l'exemple typique des tourbillons de Von-Karman qui débute derrière un cylindre.
On remarque ce type de tourbillons derrière les piles d'un pont par exemple. Remarquez l'écoulement laminaire avant la rencontre d'avec le cylindre.
En fait un écoulement est dit turbulent quand on constate des variations rapides des paramètres sur de petites distances et en peu de temps.
C'est de loin le régime le plus courant dans la nature mais il est bien plus complexe que le laminaire. Quand on est dans un régime d'écoulement entre les 2 , on est en transition (ou encore régime transitoire).
Les mécaniciens des fluides ont eu l'habitude de créer de nombreux nombres "adimensionnels" (c.a.d sans unité). Un de ceux-ci vous est familier :
nombre de Mach = Vitesseécoulement / Vitesseson
Note : dans l'environnement considéré.
Et oui, voilà donc pourquoi on parle d'un avion qui vole à Mach 6 (hypersonique), Mach 1.2 (supersonique) ou Mach 0.8 (subsonique) ! Avec ce nombre, on détermine si on doit se placer dans le cadre des fluides compressibles ou non ( on prend en général > Mach 0.3 comme départ de compressibilité).
Un autre nombre adimensionnel important pour déterminer si on se trouve dans le régime laminaire ou turbulent : le nombre de Reynolds.
Ce nombre compare simplement la vitesse, le paramètre de grandeur (échelle type de distance à déterminer) caractérisant l'écoulement et la viscosité du fluide.
On qualifie ensuite les écoulements pour bien distinguer leurs comportement :
A faibles nombres de Reynolds :
la viscosité à une grande importance par rapport à l'inertie du fluide : l'écoulement laminaire est facilité
A grands nombres de Reynolds :
La part de la viscosité pour caractériser l'écoulement est faible devant l'inertie (mais elle ne peut pas être pour autant négligée) : l'écoulement est souvent turbulent.
Ce nombre est pratique si l'on veut réaliser des expériences. Il est ainsi tout à fait valable d'étudier le déplacement d'un avion dans l'eau, du moment que l'eau s'écoule avec la vitesse adéquate, inférieure à celle dans l'air dans un rapport de proportionnalité égal au rapport de viscosité de l'air et de l'eau. On peut voir une vidéo de la Nasa pour se le prouver.
Dans le cadre général de l'étude de la mécanique des fluides, on doit aller plus loin que la relation de Bernoulli décrivant la conservation de l'énergie mécanique.
On rajoute la conservation de bilans de masse, de quantité de mouvement ( Rappel : Masse * Vitesse ) et d'énergie globale puis les conditions aux limites (ce qui se passe autour de l'élément de fluide considéré).
L'ensemble de ces équations et conditions aux limites forment l'ensemble des équations de Navier-Stokes et sont la base de tous calculs en mécanique des fluides.
Ces équations sont non-linéaires et il devient donc très vite complexe de calculer les solutions exactes pour des situations réelles (dans un labo, on peut faire des simplifications).
C'est même pour cette raison que l'institut Clay qui se penchent sur les problèmes non résolues de notre temps a classé ces équations dans la liste des grands problèmes du millénaire à résoudre (7 millions de dollars à la clé, avis aux amateurs)!
Par conséquent les ingénieurs sont avides d'ordinateurs très puissants et quand ces derniers n'arrivent pas à donner des solutions fiables, ils ne peuvent que surdimmensionner leurs machines.
Pour résoudre le dilemme tant bien que mal, les ingénieurs ont 2 "astuces" à leur disposition :
"Astuce" 1 : ils vont "discrétiser" l'écoulement
C.a.d qu'ils ne vont pas calculer les équations en chaque point de l'espace et de manière continue dans le temps mais vont "plaquer" un maillage en 3D sur l'écoulement. Ils vont ainsi calculer les solutions qu'aux noeuds de ce maillage et périodiquement dans le temps (et non pas de manière continue).
"Astuce" 2 : ils utilisent souvent des modèles plus ou moins proches de la réalité.
Ces modèles sont choisis selon le contexte et l'application de la solution. Ensuite, il décomposent virtuellement l'ecoulement de fluide en petits éléments sur lesquels ils appliquent l'ensemble des équations de Navier-Stokes.
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Le terme de soufflerie est trompeur. |
Ces modéles sont ajustés grâce à des expériences réelles (pour le modèle numérique ci-contre par exemple, ils ont certainement effectué des essais en soufflerie
On parle alors de mécanique des fluides numériques (spécialisation vers laquelle se tournent la majorité des ingénieurs de cette discipline actuellement). L'animation de l'avion de chasse au dessus est le résultat de ce calcul par simulation numérique (et application d'un maillage donc).
Couche limiteCette couche limite est primordiale dans l'analyse rigoureuse des phénomènes en mécanique des fluides, comme le vol.
Sa prise en compte complexifie par contre l'analyse du même coup. Donc on va se calmer et dire l'essentiel.
Simplement, il s'agit de la fine pellicule de fluide près de la surface considérée (par exemple près de l'aile pour un avion).
L'épaisseur de cette couche dépend du nombre de Reynolds du fluide. Près de la paroi, la vitesse du fluide ralentit brusquement et on doit tenir compte de la viscosité et d'une dissipation de l'énergie associée (frottements) alors qu'on peut considérer souvent le fluide comme parfait ailleurs.
VolIl est important de dissiper tout de suite une idée reçue sur l'explication de la portance d'une aile.
Une explication éronnée circule abondamment (même sur des sites scientifiques sérieux : voir par ex cet article de Livescience (cet article sera peut-être modifié un jour : lu le 29 août 2006) avec animations de la séparation des particules et tout (pop-up, en anglais). Cette fausse approche repose uniquement sur la relation de Bernoulli en cherchant à tort à justifier la dépression qui a lieu au dessus
du profil d'aile par la différence de vitesse entre la partie inférieure (appelée intrados) et la partie supérieure (dénommée extrados).
Il est tout à fait vrai —l'expérience le confirme— qu'une aile subit une grande dépression sur l'extrados.
En effet, la question suivante de l'élève qui suit un petit peu est : «Admettons pour la chute de pression selon Bernoulli sur l'extrados mais pourquoi la vitesse augmente-t-elle en 1er lieu ».
Et là le prof qui hésite entre « tu m'emm... avec tes questions » et une théorie foireuse, choisit cette dernière par faiblesse.
Il prend une longue inspiration et déclame : « En vérité je te le dis, parce que les molécules d'air qui se séparent au bord d'attaque du profil d'aile doivent se retrouver après séparation et comme l'extrados est plus long que l'intrados, la molécule 'courre' plus vite : ainsi, si j'applique Bernoulli, la pression
diminue sur l'extrados et l'aile est aspirée vers le haut. CQFD. Va prendre ta pelle et ton saut petit et laisses les chercheurs chercher ! "
Bououououh.
. pauvres petites molécules d'air séparées : l'expérience montrent qu'elles ne se retrouvent pas en fait ! De plus, il n'y a aucun Newton ou consors qui ait pondu une théorie comme quoi
une molécule qui est contraint de se séparer de sa soeur cherche à la retrouver.
La pauvre molécule d'air qui passe sur l'extrados va bien trop vite et finit son parcours avant que la molécule d'air de l'intrados est fini de parcourir le sien.
De plus, l'explication avec la seule relation de Bernoulli n'arrive pas à expliquer comment les avions volent sur le dos ou comment volent les avions au profil d'aile symétrique.
En réalité, les ailes obtiennent de la portance parce qu'elles dévient l'air vers le bas d'une manière ou d'une autre. C'est ce que l'on appelle la description Newtonienne ou de l'angle d'attaque (angle entre la direction du profil d'aile et la direction du fluide). Si l'on veut préciser d'avantage, on se confronte à la complexité du phénomène.
La théorie du vol fait intervenir la notion de couche limite, de traînée* ( force qui agit contre le déplacement de l'objet dans le fluide et qui peut se décomposer en plusieurs composantes : voir Wikipédia pour plus de détails) et d'effet Coanda (on va voir ce que c'est, patience) ; on rentre dans des explications trop lourdes dans le cadre de cet article de vulgarisation.
Einstein avait pour habitude de dire :
Tout doit être rendu aussi simple que possible mais pas plus simple.
Et on l'oublie souvent en matière de vulgarisation (Que Dieu m'en garde ! )
Pour finir ce paragraphe et à propos concernant la trainée, vous vous êtes peut-être demandé pouquoi les avions modernes ont les ailes en flêche ?
La réponse est simplement que lorsqu'un avion se rapproche de la vitesse du son, l'air sur une aile droite est trop compressé et chauffe trop le bord d'attaque.
Une aîle en flêche est une bonne solution pour réduire cet échauffement sans trop sacrifier à la portance (on peut d'ailleurs inverser la flêche mais cela pose quelques problèmes de torsion de structures et de stabilité ou encore avoir une aîle transverse).
Vous pouvez jeter un oeil aux prototypes de la Nasa sur ce sujet : aîle transverse et X29 - aîle inversé (pop-up, format Apple Quicktime).
Si vous avez le temps, voici un reportage complet sur les enjeux aérodynamiques (stabilité) des ailes inversées en 3 vidéos.
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